02 octobre 2005

Un "souper" à l'auberge de Percé

Curieuse équipe que j'ai rencontré dans cette auberge de Percé. Nous n'étions pas nombreux, et après une première soirée à sympathiser, et une après-midi à discuter (ou d'autres comme moi à lire) dans l'auberge en attendant que la pluie cesse, Kathleen, Vladimir et Eric ont décidés d'organiser un grand souper le soir même avec toutes les personnes de l'auberge.

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Pour vous raconter cette charmant soirée, quelque part presque dans un espace parallèle, laissez-moi vous introduire les personnages principaux :

- Kathleen : c'est la personne qui tient l'auberge de Percé. 65 ans, une gentillesse à fleur de peau, et une énergie débordante. Avant de devoir s'occuper de cette auberge, Kathleen habitait avec son mari dans une petite maison en Gaspésie. Elle vous racontera d'un ton détaché qu'en l'espace d'une semaine, son mari décèdera des suites d'une longue maladie, sa maison va entièrement bruler, et elle va apprendre qu'elle a un grave cancer... Aujourd'hui elle s'est remise de toutes ces tristes péripéties, et croque la vie à pleine dents.
(chemisier rouge à côté de moi sur la photo du dessous)

- Danielle : française, 65 ans aussi, ancienne 68tarde chevronnée, un peu aigrie par les désillusions d'un monde meilleur mais plus que jamais militante acharnée pour une société égalitaire. Je ne raconterai pas ici en détail comment je me suis fais un plaisir de la lancer sur des sujets où elle démarrait au quart de tour, tels que "le syndicalisme en France", "le référundum sur la constitution européenne", "la montée du pouvoir de Sarkozy" etc... uniquement pour avoir le plaisir et l'amusement de la voir s'enflamer en moins d'une seconde et de pouvoir jouer l'avocat du diable !! Pour le fun je me suis permis de noter une de ses répliques quand je lui demandais -encore une fois pour la provoquer- pourquoi elle avait réservé chacune de ses nuits en auberge 3 mois avant de partir de France, ce qui a plus du psychopathe de l'organisation que de l'anarchie qu'elle prône, ce sur quoi elle me répond le plus sérieusement : "je suis une anarchiste ordonnée, une anarchiste caviar !" ... oui ben pourquoi pas ! (à côté de la japonaise sur la 2ème photo)

- Eric : jeune belge de 23 ans, celui-là même que je croise dans toutes les auberges depuis Tadoussac. Il fait le tour du Québec pendant 1 mois après avoir fini des études de gestion hotelière, et avant de commencer à travailler. (foulard rouge)

- Vladimir : jeune suisse de 20 ans, traverse le Québec en vélo avant de commencer ses études en design à Lausanne. (t-shirt noir)

- 3 jeunes japonais (2 japonaises et 1 japonais) : qui fuient à proprement parlé leur pays et leur culture pour découvrir des pays moins sévères et donnant plus de droit à l'individu.

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Nous voila donc tous réunis autour d'une joyeuse tablée. Eric et Kathleen ont passé l'après-midi à cuisiner (poisson à tous les plats). Je me suis occupé de faire un feu dans le poêle après avoir mis le couvert, les autres viennent juste d'arriver, un peu surpris par cette initiative. Bien évidemment tout le monde commence à être bien joyeux après avoir bu quelques bières en apéritif, et la discussion va bon train, principalement en français, mais avec beaucoup de traduction en anglais pour nos amis japonais.

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C'est à peu près à ce moment là que Kathleen a pris le lead dans les discussions en racontant sa vie...
Pour se divertir, elle partage son temps en 2 activités principales :
- la première, faire des blagues à son entourage. Ca va de la petite blague au téléphone à son amie qui fait le ménage dans l'auberge en lui disant que son fils s'est fait arréter et qu'elle doit venir le chercher au poste de police, en passant par la blague qu'elle fait à sa fille, de mèche avec son petit fils de 14 ans, en cachant dans le porte-feuille de son petit fils des capotes pour que sa mère les trouve et se demande horrifiée ce que son fils fait dès l'âge de 14 ans, jusqu'à la blague de mettre de l'huile dans le produit essuie-glace de la voiture de son voisin (perso évitez de me la faire celle-ci parcequ'elle me ferait pas trop rire !!).
- sa deuxième activité, rencontrer des hommes sur internet. Déjà nous avons tous le sourire aux lèvres, quand elle se lance dans les différentes rencontres qu'elle a pu faire... Elle nous raconte comment un homme avec qui elle discutait depuis longtemps sur internet lui envoie des fleurs par la poste, puis insiste ensuite pour venir la voir chez elle... ce sur quoi elle lui répond "je n'ouvre pas les cuisses pour une douzaine de rozes"...
Aucun des japonais ne rigole, pas même un sourire... "vous avez compris ?" leur demande-t-elle morte de rire... "oui" répondent-ils froidement... "mais ça vous gène que je raconte ça ?" leur demande-t-elle... "oui" répondent-ils froidement de nouveau... oups, cassage d'ambiance autour de la table, vite un autre sujet de conversation pour faire diversion à ce petit différent de culture !

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Enfin pour aider la digestion, Kathleen nous entraine tous faire une promenade de minuit sur la plage. Sympa, sauf qu'il pleuvait, qu'il faisait 2°c, et que j'étais trempé et fatigué... mais pour aller jusqu'au bout de cette soirée un peu déjantée, j'ai quand même suivit le mouvement, histoire de profiter du spectacle de mes deux sextagénaire faire de la balançoire en k-way à minuit sous la pluie avec un jeune de 20 ans halluciné :o)

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Promeneur du dimanche

Au cours de mes dernières et nombreuses balades, je n'ai pas pu m'empêcher d'observer tous les gens que j'ai pu croiser à chaque endroit, chaque auberge, sur chaque sentier, et me comparer, même de manière inconsciente à eux.

Inutile de faire des catégories de touristes et d'en débattre longuement. Il y en a uniquement deux.
Les touristes qui voyagent dans des tours organisés, dorment tous dans le même hotêl, se déplacent dans des cars de 50 pour faire l'attraction touristique du coin en mitraillant de photos ne serait-ce que le brin d'herbe sous leur pied, ceux-là constituent la première catégorie. Sociologiquement surement très intéressants, mais pas tant que ça dans la comparaison à laquelle je souhaite aboutir.
La deuxième classe correspond (et c'est celle que j'ai majoritairement rencontré dans les auberges de jeunesse) au voyageur chevronné et méthodique, au randonneur suréquipé. Il est facilement reconnaissable. Chaussures de marche, pantalon gore-tex, polaire, lunettes de soleil de sport, à la place de l'appareil photo des jumelles, sac à dos multi-poches avec boisson énergétique et barre de céréales. Ce randonneur fuie littéralement le tourisme de masse. Pour ça il s'organise son propre itinéraire pas à pas, se balade avec son sac de couchage, ses cartes, et est capable de discutter pendant des heures avec le passioné du coin sur le type de mousse qui pousse ici sur les arbres.

Bizarrement je vous dirais j'aurais tendance à m'inscrire dans cette deuxième catégorie, du fait que je suis écoeuré par les cars de touristes que je croise quelques fois, et que d'une certaine manière je me construis mon itinéraire par moi-même.
Et pourtant...

Et pourtant quand j'y regarde bien je me sens tellement -mais tellement- différent de ces touristes. Je ne sais pas si c'est dans ma nature profonde de "je m'en foutiste" ni d'où ça vient précisemment, mais impossible de rester concentré plus de deux secondes sur une explication sur l'origine d'une plante polaire sur une ile atlantique; impossible de m'émerveiller deux jours durant sur une forêt de sapins sans avoir profondément envie de bitume, d'immeubles, de bruit, d'animations, de gens qui marchent vite autour de moi.

Il suffit simplement que je me jette un coup d'oeil rapidement : si je ressemble à quelque chose c'est plus à un jeune parisien qui se lève le dimanche matin pour aller acheter sa baguette de pain qu'à un mec qui pars barouder sac sur le dos à travers le monde !

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Oubliez les chaussures de marche, je me balade avec mes tennis en toile "total look citadin fashion" (n'étant évidemment pas faites pour la marche elles sont déjà ouvertes et bonne à jeter sous peu).
Oubliez le pantalon en gore-tex, je mets le même jean tous les jours.
Oubliez la bonne polaire resistante, je préfère mon sweat à capuche, mon pull à col roulé et mon blouson en cuir.
Oubliez les boissons énergétiques, les barres de céréales, les jumelles. J'ai dans ma poche droite mon appareil photo (dont je me sers toutes les 2mn), et dans la poche gauche mon baladeur mp3. C'est sûr qu'on ne peut pas dire que je sois "à l'écoute de la nature" ! Même moi je me dis des fois que je pourrais écouter le bruit du vent dans les arbres, mais pour être honnête je m'en fiche un peu, et je vois bien dans les regards surpris des randonneurs que je croise que ça reste assez incongru de venir jusque dans ces coins reculés pour rester avec la même musique dans les oreilles. Mais c'est comme ça, un peu comme une drogue. Ca m'arrive même -pour être honnête très souvent- lorsque je suis seul sur un sentier, de marcher en dansant et en secouant la tête plutôt que de me consacrer à mon environnement. Le pire dans tout ça, c'est que c'est dans ces moments là que je me sens le mieux...
Je lisais un livre d'Harlan Coben cet après-midi dont un passage me frappait justement sur la description d'un jeune qui vivait avec les écouteurs dans les oreilles à longueur de journée :
"An aural confinement, solitary walls of sound, to paraphrase Elton John, inescapable. No life noises let in. No talking. An artificial sound track to your life".
C'est exactement ça, la bande-son de ma vie. Ca rend le voyage encore plus irréel, comme dans un film où j'arrive à me dédoubler pour m'observer -curieux- en train de voyager.

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Ile Bonaventure

L'ile Bonaventure est le deuxième lieu touristique de Percé.

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Autrefois habitée par quelques familles d'agriculteurs et de pêcheurs (ils rejoignaient le continent en bateau ou sur la mer lorsqu'elle était gelée en hiver), aujourd'hui elle est devenue parc national, et l'état essaie de la remettre dans son état naturel telle qu'elle était avant que l'homme n'essaie de s'y installer en défrichant tout.

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Pour rejoindre cette fameuse petite ile, je prends donc encore une fois un bateau, comme les 3 cars de touristes français qui ont débarqués au petit matin. Avec moi je retrouve mes petits camarades d'auberge de jeunesse, tous éparpillés sur mon bateau ou ceux d'à côté (hé oui nous sommes tellement nombreux qu'il y a plusieurs bateaux).
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Le soleil lui-aussi est au rendez-vous, et je suis ravi même s'il fait un peu frais tout de même...

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La jetée est clair, balayée par le vent, après que tout le monde ait enfin réussi à grimper sur le bateau, nous pouvons enfin larguer les amarres !

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Pour mon plus grand plaisir, la trajet en bateau ne consiste pas seulement à parcourir directement la distance qui sépare le port de Percé de l'île. Nous en profitons pour aller admirer le rocher de plus près et faire le tour de l'île tranquillement.

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Le rocher est bien entendu beaucoup plus impressionant vu de près. Qui plus est on peut profiter de la perspective avec le village derrière ce qui offre un point de vue intéressant. Etant constitué de calcaire uniquement, le rocher a tendance a beaucoup s'éffriter. Voir complètement s'écrouler par endroit. En 1896 (ou quelque chose comme ça mais la date n'est pas très importante) une arche entière du rocher s'est écroulée dans la mer ! Il est possible à marée basse de parcourir la distance qui sépare le rocher de la plage et de se promener à pied autour du rocher (ce que je n'aurai pas l'occasion de faire), mais des pancartes signalant des chutes de pierres sont postées à proximité du rocher (elles mettent en garde les proveneurs qu'ils sont responsables s'il leur arrive un problème d'éboulement) car chaque année il y a des blessés (dû à des chutes de pierre !).

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Après le rocher nous contournons l'ile...

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Nous apercevons les premiers phoques qui bronzent au soleil. Inutile de vous décrire l'affolement sur le bateau, tout le monde se précipitant sur le bord, armé de camescope ou d'appareil photo en essayant de cadrer ces pauvres bêtes. Il faut dire qu'un phoque a tout de même une anatomie très bizarre : on dirait un gros molusque avec un tête de chien et de grandes moustaches... ils donnent l'air d'être enfermés dans une sorte de camisole et d'être comme handicapés, sans pied ni bras...

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Peu de temps après nous arrivons complètement derrière l'île et nous apercevons nos premiers fous de bassans. Grands oiseaux ressemblant plus ou moins à des mouettes.

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Les Fous de Bassans sont des oiseaux migrateurs qui s'arrêtent durant l'été sur l'ile. Ses falaises déchirées leurs offrent un abri hors pair, et surtout, ils trouvent là tout le poisson dont ils ont besoin : chaque oiseau mange en moyenne 500g de poisson par jour, il y a tellement d'oiseau qu'il y a en moyenne 5 tonnes de poisson mangés par jour (hé oui, ça fait 100 000 oiseaux sur l'île !!!). D'ailleurs j'apprends que le nom "Bonaventure" vient justement des premiers pêcheurs de la région qui avaient dénomé le coin comme ça en raison des pêches miraculeuses de morue et autres sortes de poisson. Evidemment là encore, c'est le rush sur les appareils photos, mais attention en passant sous les nuages d'oiseaux à pas se prendre du guano sur la tête !!!

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Nous débarquons enfin sur l'île, pas de chance, comme la saison est quasiment finie, les gardes nationaux ne sont pas assez nombreux pour surveiller toute l'ile et seul 1 sentier est ouvert au public.
Je rage intérieurement (surtout que l'entrée sur l'ile est payante étant donné que c'est un parc national), mais je fais contre mauvaise fortune bon coeur. En soi l'île n'est pas top canon, ce sont de grandes forêts de sapin dont certaines en train de mourir (cycle naturel).

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Clou de la balade, nous arrivons de l'autre côté de l'ile, du côté des Fous de Bassan. Ils sont très nombreux et nous sommes protégés par une barrière qu'ils ne franchissent pas (sinon ils nous piquoreraient), par contre attention l'odeur, c'est comme un poulailler mais en pire !!

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Finalement le temps se gatte très rapidement (comme d'habitude) et nous sommes obligés d'évacuer l'île car la mer devient si agitée que les bateaux ne peuvent plus accoster l'île !!
La pluie tombant à verse, je me pose tranquillement au chaud devant ma baie vitrée face au rocher, et je bouquine tranquillement jusqu'au repas du soir.

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29 septembre 2005

Percé et son rocher

Après le froid et les nuages du Parc Forillon, j'arrive à Percé bercé par les rayons d'un magnifique soleil.
Et là c'est le coup de coeur !
Bon ok j'avais déjà vu des photos de Percé et de son rocher, mais vraiment en arrivant je suis littéralement tombé sous le charme !

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Je me pointe à l'auberge de jeunesse, et là rebelotte, le coup de foudre. Je la recommande à tout ceux qui auront l'occasion d'y passe un jour, elle est n°1 sur ma liste, que ce soit au niveau de l'accueil, du confort, du point de vue qu'elle offre sur le paysage environnant. En fait l'accueil et l'auberge sont 2 maisons séparées. Au lieu d'avoir son lit où poser ses affaires, on a carrément une vraie maison, entièrement indépendante, avec cuisine immense, salon et canapés, salle de bains ultra modernes et hyper clean, on a même des serviettes qui sont changées tous les jours (mieux qu'à l'hotel !). Le salon est fait avec des grandes baies vitrées et les canapés sont face à ces baies pile en face du rocher.

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La photo ci-dessous est la vue que j'avais de ces fameux canapés... !

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Bref, que du bonheur, et je veux vite profiter du soleil pour aller me balader car je commence à comprendre que dans la région le temps peut changer très rapidement !
J'emprunte donc le sentier qui part derrière l'église et qui remonte sur le mont St Anne (hé oui encore un, il y en a énormément dans toute la région, car Ste Anne est la patronne des pêcheurs, et que c'était la principale activité des premiers occupants du Québec), pour aller contempler la vue magnifique sur le village, le rocher et l'île Bonaventure qu'offrent les différents bèlvéderes...

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Arrivé en haut je surplombe toute la région et l'océan avec une vue à 180°, ça valait vraiment le coup de marcher jusqu'ici !!

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Le chemin qui redescend en longeant la falaise n'est pas mal du tout non plus, il offre un superbe panoramique sur l'océan...

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En chemin je croise aussi une petit chute d'eau assez jolie, dédiée à la vierge (ils étaient très croyant ici autrefois, beaucoup moins maintenant...).

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Finalement je retourne à l'auberge tranquillement. Je ne le sais pas encore mais je ne vais pas tarder à rencontrer tout le petit monde qui composera cette auberge avec moi, et avec qui je vais passer des moments très très drôles !!!
 

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28 septembre 2005

Le parc Forillon

Le parc Forillon est à la pointe de la Gaspésie, juste à côté de la ville de Gaspé.

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Il est lui aussi assez montagneux, recouvert de forêts de sapins où vivent des ours, et bordé par des falaises qui se jetent plus ou moins brutalement dans la mer...

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Je vais essayer de vous mettre quelques photos illustratives pour que vous visualisiez mieux, mais je ne vais pas trop m'attarder sur mes longues, trés longues randonnées !!!
En plus le temps était gris et humide, et j'oscillais entre le froid extérieur et la chaleur procurée par la marche... sensations peu agréables.

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Quelques annecdotes amusantes sur l'étape seraient bien plus croustillantes !

Tout d'abord cette petite brune, française.
Nous étions uniquement deux à attendre le bus à Ste Anne des Monts, assis l'un et l'autre côte à côte, nous avions l'air de 2 touristes typiques, et nous nous regardions l'oeil amusé, elle avec son guide michelin du Québec, moi avec mon bouquin dans la main et mon petit drapeau français cousu sur mon sac. D'un sourire entendu nous nous sommes dis un bonjour qui voulait dire "hé oui je t'ai reconnu, tu es un(e) touriste français(e)"...
Bref elle était un tout petit plus âgée que moi, mais elle avait l'air très sympathique, tres mignone, et qui plus est, elle me rappelait quelqun que j'avais connu... ce qui me donnait envie de lui parler...
En fait elle était là pour 3 semaines, et prennait son temps pour faire quasiment le même parcours que moi, mais en restant 3 fois plus longtemps que moi à chaque endroit... son objectif final étant le festival de poésie de Rivière du Loup, en-dessous de Rimouski. Elle écrivait elle-même des poemes dans un grand carnet noir aux feuilles tres fines...
Nous arrivons à Cap aux Os (nom venant des os des baleines qui s'échouaient sur la plage) et descendons ensemble à la même (enfin unique...) auberge, et nous rendons à l'accueil.
Quelques mots de bienvenus de la jeune fille de l'accueil qui nous fait remplir toujours les mêmes formalités.

- Vous voulez un lit à 2 places ou une chambre avec 2 lits 1 place ? nous demande-t-elle paisiblement...

Pour être honnête depuis le moment où nous étions rentrés ensemble dans l'auberge j'attendais cette phrase impatiement, en préparant LA réplique à mourir de rire. Mais bon, j'étais tellement amusé que sur le coup je n'ai rien dit, observant d'un oeil intérrogateur et malicieux ma petite française. La pauvre, elle était tellement mal à l'aise.
- Euh non mais c'est pas ce que vous croyez, en fait on est pas ensemble, on a rien l'un contre l'autre mais on s'est juste rencontré dans le bus vous voyez, et on ne veux pas particulièrement dormir dans la même chambre...
J'étais là, uniquement spectateur de la scène, occupé à regarder la fille de l'accueil et ma petite française toute aussi génées l'une que l'autre...
Je me suis retenu très fort de faire une blague qui me trottait dans la tête depuis longtemps (mais j'avais un peu peur que ça ne passe pas et que ça les mette encore plus mal à l'aise, ou qu'elle me prenne pour un fou, voire les deux). Bref j'aurais bien répliqué sur le coup d'un air surpris voire faché :
"comment chéri !!??!! Mais c'est quoi cette histoire que tu refuses de dire aux gens qu'on est ensemble ??? On en a déjà parler et tu remets encore ça ? C'est une attitude puérile et complètement ridicule, si tu cherches à me mettre en colère... bravo tu as réussi !"
Mais bon... je me suis retenu... je suis trop sage des fois !
Je n'aurais même pas demandé à cette petite française comment elle s'appelait pendant tout ce temps là... je suis pas très doué !

A part ça j'ai retrouvé Eric le soir qui arrivait pour déposer ses affaires dans la chambre (moins sexy que ma petite brune du bus mais bon...), on voyage chacun de son côté, il voyage en voiture et il n'a donc pas les mêmes contraintes liées aux horaires de bus que moi...
Et je me laisse pousser la barbe pour mieux me transformer en bucheron canadien et me fondre dans le décors... je me prends parfois pour un Corto Maltese de la terre, personnage solitaire, taciturne mais énigmatique :o)

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Ste Anne des Monts

Cette étape n'est pas une étape de visite comme les autres. Je suis juste là pour dormir car la route jusqu'à Gaspé est trop longue et le car que j'ai pris à Rimouski ne pouvait pas faire la route en une seule fois, ce qui m'oblige à la faire avec un stop pour la nuit...
C'est un peu dommage que je ne reste pas pour plus de temps car c'est de là que partent les principales balades (enfin apres s'etre rendu au point de depart en voiture) pour le parc de la Gaspésie, qui regorgent de grandes montagnes remplies de lacs... Je ne verrais pas tout ça. Je n'ai pas le temps de faire ces randonnées de minmum un voire plusieurs jours, je n'ai pas l'équipement adéquat, je n'ai pas non plus beaucoup de motivation pour me faire comme ça du jour au lendemain de la rando de montagne.
Ce qui est bien dans tout ça c'est que je ne suis pas obligé de m'attarder dans l'auberge de jeunesse qui est pourrie. C'est un ancien pensionnat réamménagé (honnêtement je plains les enfants qui sont passés par là (il n'y a meme pas de fenêtre dans les chambres !). L'accueil est sympathique mais le lieu est froid, antipathique, en-dessous de ses prétentions, moche et cher...

Bref pas de quoi m'exciter... j'arrive a 21h et je repars a 9h le lendemain matin.
Comme à l'habitude je me fais mon heure de marche du bus à l'auberge, de nuit pour changer, mais c'est simple à trouver, c'est sur la route qui longe le fleuve, et même de nuit je trouve ça sympa...

Dans ma chambre je reconnais un jeune qui était déjà à côté de moi dans le grenier à Tadoussac... Eric, un belge, en vadrouille aussi dans le coin... comme vous le découvrirez dans les messages suivants, mon colloc de chambre dans toutes les auberges ou je serai passé en Gaspésie en fait !
Il y a Bernard aussi... randonneur de 63 ans québecois.
Ah Bernard...

Je me pose tranquille pour lire un livre ("La Reine du Sud", passionnant et qui m'a bien pris par les trippes... mais bon il faut que je me frenne sur la consomation de mes bouquins car je lis trop vite et ça commence à me coûter cher !!!), quand Bernard vient s'assoir l'air de rien en face de moi.
Je suis plongé dans mon bouquin, les écouteurs dans les oreilles, je suis absorbé.

- Tu es vraiment docteur me demande-t-il ???
(oui, vous avez du déjà remarquer ce t-shirt "Trust me I'm a doctor" que je porte assez souvent, et que Julien m'avait offert en souvenir d'une soirée ou on avait débarque inconnu et où je m'étais fait passé pour un cardiologue...)
- Non c'est une blague (je pense intérieurement que jusqu'ici je n'aurais rencontré que des médecins pourtant, je souris et me replonge dans mon bouquin, la musique a nouveau dans les oreilles)
- Ah... tant pis alors, sinon je t'aurais raconté un truc qui m'est arrivé...

Ouf je pense... je n'aime absolument pas que des gens que je ne connais pas me racontent leurs problèmes de santé !!!

- En fait ça fait longtemps que je sais que j'ai un problème de valve en dessous du coeur...

Hé mais qu'est-ce qu'il fait là ???
En fait Bernard est typiquement le genre de personne qui a besoin de raconter sa vie, et qui est capable de vous forcer a vous écouter, même si vous lui faites bien comprendre que ça ne vous intéresse absolument pas avec des signes TRES clairs comme : regarder attentivement son livre, faire celui qui n'entends pas car il a des écouteurs dans les oreilles, et surtout ne pas répondre à ses questions, ou alors quand il insiste uniquement avec des bruits sourds qui ne veulent rien dire "hummm"...
Mais bon, j'ai quand même eu droit à l'histoire en long en large et en travers du signal de la faiblesse cardiaque qui en fait n'en était pas une, mais qu'on ne sait pas ce que c'est etc...
Il m'a eu à l'usure et j'ai abandonné le combat en refermant mon livre et en allant me coucher...

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27 septembre 2005

Classement du Marathon

Ca y est le classement du marathon est enfin publié sur le net !
Il est accessible sous le lien suivant : http://www.sportstats.ca/res2005/festi1.htm

Dans les grandes lignes :
- il y a eu 1002 participants
- Charles a fini 171ème en 47:20
- Yoann a fini 248ème en 49:44
- et moi j'ai fini 335ème en 52:11

- le premier a fini en 30:04
- le dernier a fini en 2:23:24

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26 septembre 2005

Urgences à Rimouski

"Ou comment exceller dans l'organisation de dernière minute !"

"Si tu vas à Rimouski, passe chez Maude !"
Merci Phil, ça tombe plus que bien puisque justement Rimouski est la porte d'entrée de la Gaspésie et que c'est un passage incontournable pour moi...
On était mercredi soir. Apres avoir regardé rapidement un itinéraire possible et plannifié en fonction des horaires de bus, je m'aperçois qu'il faut que je passe la nuit de dimanche dans la fameuse ville.

Est-ce que j'aurais profité d'être chez Phil avec une connexion Internet sous la main pour envoyer un mail à Maude ? Non biensûr car ça aurait été trop simple, pourquoi ne pas attendre le dernier moment comme d'habitude ?

Et voila le problème de dernière minute qui surgit soudain ! J'ai mal noté le mail de Maude...
Evidemment je ne me rends compte que le samedi soir...
Mail en catastrophe à Phil avec un coup de fil en parallèle, mais pas de chance, c'est le répondeur !
Dimanche matin je descends dans l'auberge pour checker mes mails, mais là encore pas de chance, les 2 seuls ordis sont occupés...
Excuse-moi je pourrais juste vérifier quelque chose sur Internet 2s ? Merci beaucoup.
Ouf ! Un mail de Phil avec le n° de tél de Maude... je n'ai plus qu'à l'appeler pour lui demander si je peux dormir chez elle le soir même... pas super réglo, mais heureusement Maude avait déjà été mise au courant par Phil...

Je découvre Maude sur le bord du quai du traversier. C'est hyper sympa de sa part de venir me chercher en voiture pour me ramener chez elle ! Et j'apprécie d'autant plus qu'en arrivant il fait complètement nuit, la ville étant prise dans un brouillard si épais qu'il est impossible d'y voir à plus de 3m et donc de se repérer !

Encore une fois je suis reçu d'une manière incroyable ! Maude a un appartement tres confortable donnant sur le fleuve du St Laurent juste à l'entrée de la ville. Elle va même jusqu'à me passer sa propre chambre !

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Je découvre son chat (désolé Maude je ne me rappelle ni son nom ni sa race) en arrivant chez elle. Honnêtement je n'avais jamais vu un chat ayant autant besoin de contact physique et d'affection...
Le lendemain il me suivait de tellement pres dans l'appartement, il était plus proche de moi que ma propre ombre !

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Nous retrouvons Julie, une amie de Maude également étudiante en médecine et travaillant à l'hopital (je pourrais croire qu'il n'y a que des médecins au Québec... tellement je n'ai rencontré que des étudiants en médecine lors de mon passage ici !).

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Nous partons manger dans un petit resto très sympa, sans spécialité particuliére si ce n'est de fermer à 22h et de mettre ses clients dehors aussi tôt. Néanmoins je passe une excellente soirée, fort bien accompagné, à disserter sur les différentes manières de rencontrer des gens et les différents jeux de séduction en fonction des pays et des cultures...

Je profite du fait que le bus ne passe qu'à 17h pour aller faire quelques courses : des bouquins pour les longs trajets de bus, et les soirées perdues seul au milieu de nul part (après de longues hésitations, je choisis un peu au hasard et selon mon feeling, "La reine du Sud", "Une vie" et un bouquin de Harlan Coben que je ne connaissais pas), et enfin un bonnet pour affronter les températures qui descendent au fur et à mesure que je m'avance vers l'ouest. Non seulement ce bonnet me tient chaud aux oreilles, mais en plus il me permet de me déguiser en petite racaille des banlieux dangereuses... je me fais rire moi-même !

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Il me reste quelques heures encore, et je pars me balader au bord de la rivière... balade charmante sous le soleil (même s'il fait frais), mais blindée de joggers !

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Mais comment sont organisés leurs arrêts de bus !!

Je descends du bus à Forestville pour prendre le traversier pour Rimouski, et la gueule enfarinée, je demande ou se trouve ce fameux quai (car il faut bien le dire, je vois plus la forêt dans cette ville que le fleuve !)...
"Oh c'est pas bin loin, c'est tout droit..."

Ouais ok... tout droit mais à 5km !
C'est dingue y a absolument rien qui est adapté aux gens à pied dans ce pays !
Et définitivement je ne comprends pas comment ils ont organisés les arrêts des bus sur les lignes inter-régions.
Les terminus (les arrêts) sont systématiquement à des stations services sur la grande route qui relie les villes entre elles, et jamais dans le centre des villages ou à des points stratégiques comme la correspondance avec un traversier (et pourtant y en a pas beaucoup pour traverser au-dessus de Québec !).

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Pour la comparaison, c'est un peu comme si en France les bus déposaient les gens aux sorties d'autoroutes et qu'ils devaient se débrouiller pour le reste !

Heureusement que la traversée quand à elle est trés rapide et tres agréable...

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Nous avons même droit en prime à un couché de soleil sur fond d'orage !

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Fjord du Saguenay

Je n'arrivais pas à choisir entre le tour de la Gaspésie et remonter le Saguenay pour faire le tour du lac St Jean...

Apres avoir retenu l'option "tour de la Gaspésie", je me suis dis qu'une balade en bateau dans le fjord du Saguenay serait un bon compromis à défaut de remonter jusqu'au lac.

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Dommage, le soleil n'est pas vraiment au rendez-vous... et je me caille à mort sous mon unique sweat à capuche (bon sang mais pourquoi je n'ai pas emmené mon blouson ce matin !).

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Pour mieux décrire le paysage, petite leçon épistémologique sur le sens et l'origine du mot "fjord" :
ce serait un mot nordique qui désigne un endroit ou il y a plusieurs milliers d'années un glacier était présent avant de se retirer en fondant.

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Ici le glacier était si gros que sous son poids il a creusé un ravin qui descend jusqu'à une profondeur de 250m. L'eau du fond est si froide qu'elle abrite une faune qui lui est complètement spécifique.
Un fjord représente donc une vallée profonde, mais aussi très abrupte, car en se retirant, lors de sa fonte, le glacier a creusé et arraché tout sur son passage, découpant ainsi les parois des collines qui l'entouraient...

Bref, le coin est très sauvage et très beau. En quelques sortes un beauté rendue froide et triste à cause de la chape de nuage qui recouvre tout, donnant la même couleur aux arbres, au ciel et à la rivière... une couleur grise opaque.

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Nous faisons une halte à Baie Eternité, lieu de pélerinage, une statue de la vierge surplombe le fjord. Les bateaux s'y arrêtent obligatoirement tous pour jouer l'Ave Maria et donner 3 coups de klaxon afin d'être protégés lors de leur navigation. Cette statue a été déposée par un homme sauvé de la noyade -il avait voulu traverser sur l'eau gelée un hiver, quand elle s'est fendue soudainement- et qui a voulu remercier la vierge de ne pas être mort dans l'eau gelée...

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Je profite de la halte pour faire une petite balade et monter le plus haut possible sur la montagne qui surplombe la baie.

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Je rentre frigorifié à Tadoussac et je finis d'organiser le reste de mon parcours.

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